vendredi 22 avril 2016

Légende: Tradition: 1- Usages Anciens Liés Au Moi De Mai


Légende: Tradition:

Cette rubrique vous fait régulièrement découvrir les coutumes et traditions populaires de nos régions. Les origines de fêtes traditionnelles vous y sont dévoilées, ainsi que les jeux, les moeurs de nos ancêtres et l'art de vivre autrefois

Légende: Tradition: 1- Usages Anciens Liés Au Moi De Mai

(D'après un texte paru en 1854)

Une preuve que le premier mai ramenait anciennement la fête de la Terre, c'est la manière dont se célébrait encore au XIXe siècle dans le département de la Drôme la plantation du mai. Une des places de Montélimar, dit de la Croix, dans la statistique de ce département, porte le nom de Mai ou des Bouviers. C'est là que, le 30 avril de chaque année, les bayles et les laboureurs plantent le mai. C'est un prélude à leur fête des laboureurs, qui a lieu à la Pentecôte. La fête durait autrefois trois jours, comme la Pentecôte elle-même. Elle fut réduite à un seul en 1818, époque à laquelle on la ressuscita dans le pays, à Montélimar, à Valence, à Beaumont, à Montéléger, à Meyran, à Upie.

Le roi de la fête, choisi par les jeunes gens, a pour sceptre une pique couronnée d'épis de blé. Tous les assistants ont à la boutonnière un bouquet d'épis. Autrefois, la fête du lendemain (1er mai) était gaie : les laboureurs, avec leurs syndics, montés sur des mules bien harnachées et ornées de rubans, menant chacun en croupe une femme ou une fille de laboureur, parcouraient avec la musique les fermes des environs ; distribuaient le pain bénit dans chacune ; donnaient des sérénades, et faisaient danser les villageoises. Une table bien servie les attendait partout.

Ici, nous ne voyons figurer qu'un roi ; mais nous devons supposer qu'en ressuscitant, en 1818, une cérémonie populaire tombée en désuétude, on ne l'a renouvelée qu'à demi, les jeunes filles n'ayant peut-être osé s'offrir pour représenter la reine de mai. Mais, dans le département de l'Isère, qui a mieux conservé, sous ce rapport, les usages traditionnels de la Province romaine, on voit figurer ensemble une reine et un roi, ce qui présente une image plus sensible de l'union conjugale, celle de Maïa et du maître des cieux. Dans ses Nouvelles recherches sur les patois, Champollion-Figeac, parlant des usages celtiques qui résistent à toutes les influences, aux environs de Grenoble, dit : « Parmi ces pratiques, nous ne citons que la fête du 1er mai, où l'on élit un roi et une reine, que l'on pare et élève sur un trône exposé aux regards des passants. On se rappelle à ce sujet, ajoute-t-il, le champ de mai, qui fut ensuite transformé en un champ de mars ».

L'auteur de La Nouvelle Astrée, Masson de Montbéliard, qualifie cette fête de la Terre de fête du Printemps ; il a raison ; mais nous la caractériserions mieux en disant que c'est la fête de la Terre en son printemps. « Le premier jour de mai, dit-il, se célèbre encore dans le pays de Montbéliard et les contrées voisines : c'est un reste de la fête du printemps des païens, et ce sera toujours celle des bergers ». Ceci se rapporte avec la dénomination de place de Mai ou des Bouviers, à Montélimar. C'est également la fête des bergers à Domblans (Jura) où chaque maison aisée leur donne des gâteaux, des œufs, des fruits, du vin pour la célébrer. Les adultes qui ne sont plus bergers regardent aussi le premier mai comme la fête de la jeunesse. Le printemps n'est-il pas en effet la jeunesse de la Terre ?

Masson ajoute : « Plusieurs détails de cette fête en sont les mêmes ; comme le choix de la Belle de Mai (qu'on nomme la Mairiotte) les chants, les danses et les jeux des bergers. Cette fête se termine encore par un repas champêtre qu'ils prennent ensemble dans le pâturage, et auquel la commune contribuait jadis, en quelques endroits ».

Le nom de Mairiotte que l'on donne à la Belle de mai dans l'arrondissement de Montbéliard, nous arrête. Signifie-t-il simplement la petite mariée ou bien est-il un diminutif de maire qui, dans cette circonstance, indiquerait la reine, la supérieure, car le mot maire, en vieux langage français, a présenté ce sens ? Ou bien indiquerait-il une petite déesse Maire, avec laquelle l'épousée du mois de mai parait avoir eu, dans le temps, de la ressemblance ?

L'usage de planter le mai est universel, et n'appartient pas plus à telle province qu'à telle autre. On plante un arbre fleuri ou un arbre surmonté d'une couronne de fleurs à la fenêtre des jeunes filles qui sont aimées et qui méritent un pareil témoignage d'estime. Mais, dans la chaîne du Jura, on eut coutume d'apporter un arbre feuillé devant la demeure d'un maire nouvellement élu, par extension de la coutume plus ancienne qui se pratiquait à l'élection des maires au champ de mai, laquelle avait lieu le premier jour de l'année celtique. Des chartes mentionnent ces élections de maïeurs et d'échevins au mois de mai. Les assemblées électorales se tenaient au sein des forêts druidiques ; on y choisissait les magistrats et les Valentines : le maire pour régir les affaires communes dans le cours de l'année ; la Valentine, jeune fille à marier, pour présider avec son Valentin aux fêtes de la jeunesse. On leur rapportait deux arbres de la forêt pour en décorer leur séjour, et manifester par cette enseigne le double choix de la population.

Il paraît même qu'à une période de temps très reculée, celle où nos pères obéissaient aux ordres des femmes sacrées de la Gaule, les fonctions municipales étaient confiées au beau sexe. Il est probable aussi que, dans l'origine, la personne choisie pour représenter la déesse de la Terre sur le char qu'on promenait dans les campagnes, était une de ses prêtresses, et nul n'ignore que ces filles inspirées étaient des vierges, en qui les Celtes reconnaissaient quelque chose de divin. Nul n'ignore également que les Galls s'étaient pliés au joug imposé par la femme, et que même, au temps d'Annibal, il y avait encore dans les Gaules des femmes chargées de rendre la justice.

Sans doute, ces femmes-juges étaient de celles qui jouissaient déjà de l'ascendant que donne sur l'esprit du peuple l'autorité du sacerdoce ; et nous voilà naturellement conduit à conclure que les sommités de la magistrature théocratique de nos cités gauloises et d'autres états, se composaient alors de filles sacrées telles que pouvaient être les Aurinie et les Velléda, sans les conseils de qui nos aïeux n'osaient rien décider dans les affaires publiques. De là peut-être cette maxime d'une portée si étendue et si généralement admise : Toute autorité vient de Dieu.

Et ne semble-t-il pas trouver une dernière trace de cette constitution primitive dans le titre que portait, chez les Edus, le premier magistrat de Bibracte ? Le titre de vergobret que lui donne César ; celui de verg, qui le distinguait encore en I'an 1200, et celui de vierg qui a subsisté jusqu'au dernier siècle, pour désigner le maire de cette ville, n'auraient-ils pas été continués par la force de l'habitude aux agents de l'administration, après la révolution politique qui avait jadis fait passer, des mains féminines à des mains mâles, le sceptre du gouvernement civil de la cité ? Ainsi Vergobret signifierait la vierge qui juge (Bullet affirmant que breth a signifié juge, et breit sentence).

Pour n'être pas mal compris, répétons-nous. Nous n'entendons pas dire que le Vergobret, du temps de César ait été une vierge, une druidesse vouée à la chasteté : nous voulons dire seulement qu'avant cette époque certaines vierges consacrées à la divinité remplissaient dans la Celtique les premières fonctions de l'état, et que le titre de Vergobret a pu survivre encore longtemps à l'abolition de ce régime. On ne trouvera pas moins singulier que le titre de maire ait été commun aux hommes et aux femmes revêtus de l'autorité, et qu'il ait signifié vierge. Maire, en vieux langage français, était employé pour reine et pour supérieure de couvent, parce que maire présentait en même temps le sens de plus grand, comme maïeur.

Source: http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article1919
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Brigitte Leduc

mercredi 6 avril 2016

Légende: De Franche-Comté: 5- Les Sorcières de Franche-Comté

Légende: De Franche-Comté: 5- Les Sorcières de Franche-Comté

Cette rubrique vous plonge au cœur des légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, qui émaillent l'Histoire de France. Un voyage pittoresque et passionnant au cœur de notre passé

Légendes de Franche-Comté

La Franche-Comté a ses légendes féeriques venues d'Orient par les pèlerins, par les croisades ; celles qui sont venues du Nord par les guerres et les voyages ; et celles dont l'origine est si incertaine, dont la forme est si bien appropriée au caractère franc-comtois, que la région les revendique comme lui appartenant réellement.

5- Les Sorcières de Franche-Conté

(D'après « Souvenirs de voyages et traditions populaires », paru en 1841)

En Franche-Comté, lorsqu'une femme veut devenir sorcière, le diable, pour ne pas l'effrayer, lui apparaît sous la figure humaine et quitte son vilain nom de Belzébuth ou de Satan pour en prendre un qui caresse mieux l'oreille, tel que Vert-Joli, Joli-Bois, Verdelet, Joli, etc. Les sorciers sont tenus d'aller au sabbat. Ceux de la contrée de Saint-Claude avaient rendez-vous dans un champ écarté de toute habitation, et près d'une mare d'eau. Ils s'y rendaient habituellement le jeudi et les veilles de grandes fêtes, les uns en se mettant à cheval, les autres en montant sur un mouton noir.

Là se trouvait Satan, le monarque des enfers ; Satan, sous la forme d'un bouc, tenant une chandelle allumée entre ses cornes. Chaque sorcier était obligé de lui offrir une chandelle verte, et de lui faire une autre politesse fort peu récréative. Puis, toute la gente ensorcelée chantait, buvait, mangeait, parodiait les prières de l'église et la messe, et l'orgie durait jusqu'au jour, jusqu'à l'heure où le coq chantait ; car on sait que le chant du coq a un grand pouvoir sur les mauvais esprits. Quelquefois l'âme seule s'en allait au sabbat. Le corps restait immobile et comme endormi ; l'âme s'échappait à la dérobée et passait la nuit dans son infernale réunion.

Un jour, un paysan s'aperçut que sa femme couchée à côté de lui ne bougeait, ni ne soufflait. En vain, il l'appelle à haute voix ; en vain, il la tire par les bras. Impossible de l'éveiller. Mais, aux premiers rayons du matin, elle se leva en poussant un grand cri. Le paysan, tout troublé, s'en alla raconter cet événement : la femme fut interrogée, et déclara qu'il ne fallait attribuer son profond sommeil qu'à la fatigue qu'elle avait éprouvée la veille en travaillant tout le jour dans les champs. On ne la crut pas, et elle fut brûlée.

Dans ces nuits passées au sabbat, on ne s'occupait pas seulement de boire et de manger. Il y avait quelquefois de graves conciliabules, où Satan donnait à ses adeptes des leçons de science cabalistique. Les vieilles sorcières racontaient avec orgueil leurs méfaits, et les jeunes s'instruisaient à cette édifiante école. A la fin de la séance, Satan avait coutume de demander aux jeunes femmes nouvellement enrôlées sous sa bannière une mèche de cheveux, ce qui fit dire que la façon de faire que les amoureux observent parfois d'avoir quelques bracelets de cheveux de leurs maîtresses procède du démon, les boucles de cheveux étant peut-être des chaînes magiques liant la conscience...

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Brigitte Leduc

mardi 5 avril 2016

Légende: Faune Et Flore: 1- Excommunications Contre Des Animaux


Légende: Faune Et Flore:

Des arbres célèbres et des vertus de certaines plantes, aux croyances liées aux animaux, en passant par la culture du tabac ou de la vigne chez les Anciens, découvrez la faune et la flore selon nos ancêtres. Une balade au coeur des règnes animal et végétal.

1- Excommunications Contre Des Animaux

(D'après un article paru au XIXe siècle)

Il fut un temps en France où des tribunaux prononçaient des condamnations contre des animaux prévenus de certains délits, et où l'autorité ecclésiastique lançait les foudres de l'excommunication contre des insectes nuisibles. Cet usage de la justice divine et humaine a paru si monstrueux aux générations nouvelles, qu'elles n'ont point voulu d'abord y ajouter foi ; mais des documents authentiques ne permettent plus de conserver aucun doute. Ainsi, plusieurs manuscrits conservés à la Bibliothèque royale ou possédés par des savants, contiennent les dispositifs de ces jugements, et jusqu'aux mémoires de frais et dépenses faits pour l'exécution des sentences prononcées. Pendant une assez longue période du Moyen Age, la pensée de soumettre à l'action de la justice tous les faits condamnables, de quelque être qu'ils provinssent, loin d'être ridicule, a été généralement répandue.

Chassanée, célèbre jurisconsulte du XVIe siècle, a composé plusieurs conseils ; et dans le premier, après avoir examiné les moyens de citer en justice certains animaux, il recherche qui peut légalement les défendre, et devant quel juge ils doivent être amenés.



L'extrait suivant donne, avec l'indication des écrivains qui sont nos autorités, l'époque des procès et jugements prononcés dans les affaires les plus singulières, le nom des animaux, le motif qui les a fait traduire en justice, ainsi que la date de plusieurs anathèmes ecclésiastiques.

  • 1120. - Mulots et chenilles excommuniés par l'évêque de Laon. (Sainte-Foix)
  • 1586. - Truie mutilée à la jambe, à la tête, et pendue, pour avoir déchiré et tué un enfant, suivant sentence du Juge de Falaise. (Statistique de Falaise)
  • 1594. - Porc pendu pour avoir meurtri et tué un enfant, en la paroisse de Roumaigne, vicomté de Mortaing. (Sentence manuscrite)
  • 1474. - Coq condamné à être brûlé, par sentence du magistrat de Bâle, pour avoir fait un oeuf (Promenade à Bâle)
  • 1488. - Becmares (sorte de charançons) : les grands-vicaires d'Autun mandent aux curés des paroisses environnantes de leur enjoindre, pendant les offices et les processions, de cesser leurs ravages et de les excommunier. (Chassanée)
  • 1499. - Taureau condamnés à la potence, par jugement du bailliage de l'abbaye de Beaupré (Beauvais), pour avoir, en fureur, occis un jeune garçon. (DD. Durand et Martenne)
Commencement du XVIe siècle. - Sentence de l'Official contre les becmares et les sauterelles qui désolaient le territoire de Millière (Cotentin). (Théoph. Rainaud)

  • 1554. - Sangsues excommuniées par l'évoque de Lauzanne, parce qu'elles détruiraient les Poissons. (Aldrovande)
  • 1585. - Le grand-vicaire de Valence fait citer les chenilles devant lui, leur donne un procureur pour se défendre, et finalement les condamne à quitter le diocèse. (Chorier)
  • 1690. - En Auvergne, le juge d'un canton nomme aux chenilles un curateur ; la cause est contradictoirement plaidée. Il leur est enjoint de se retirer dans un petit terrain (indiqué par l'arrêt) pour y finir leur misérable vie. (Description de la France)
Un relevé de ces jugements, présenté à la Société royale des Antiquaires par M. Berriat Saint-Prix, en élève le nombre à près de quatre-vingt-dix, dont trente-sept appartiennent au XVIIe siècle; et un seul a été rendu dans le siècle suivant, en 1741, contre une vache

Source: http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article1407
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Brigitte Leduc

mercredi 30 mars 2016

Légende: De Franche-Comté: 4- Le Seigneur Avare

Légende: De Franche-Comté: 4- Le Seigneur Avare

Cette rubrique vous plonge au cœur des légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, qui émaillent l'Histoire de France. Un voyage pittoresque et passionnant au cœur de notre passé

Légendes de Franche-Comté

La Franche-Comté a ses légendes féeriques venues d'Orient par les pèlerins, par les croisades ; celles qui sont venues du Nord par les guerres et les voyages ; et celles dont l'origine est si incertaine, dont la forme est si bien appropriée au caractère franc-comtois, que la région les revendique comme lui appartenant réellement.

4- Le Seigneur Avare


(D'après « Souvenirs de voyages et traditions populaires », paru en 1841)

Une petite ville des montagnes de Franche-Comté a été plusieurs fois témoin d'une apparition merveilleuse. A un quart de lieue du Maiche, au-dessus d'une colline, on aperçoit les restes d'un château entouré de broussailles et de sapins. Là vivait jadis un seigneur avare, dont le cœur était fermé à tout sentiment d'équité, et qui, pour assouvir sa passion sordide, soumettait sans cesse ses vassaux à de nouvelles exactions, et volait le bien de ses voisins. Il est enterré au milieu de ses trésors, mais il ne peut y trouver le repos. Il voudrait pouvoir échanger son sépulcre splendide contre la tombe de terre fraîche où dort si bien le paysan ; mais il est condamné à rester là où il a vécu, et il passe la nuit à se rouler sur son or et à gémir.

Dieu, touché de ses souffrances et des prières que ses descendants ont fait faire pour lui, a cependant ramené l'espoir dans son cœur, et lui a permis de venir dans ce monde chercher quelqu'un qui le délivre. Tous les cent ans, à jour fixe, quand l'obscurité commence à envelopper les campagnes, le vieux seigneur sort de son manoir, tenant une clef rouge et brûlante entre les dents. Il rôde dans les champs, entre dans les enclos, et s'approche de la ville, offrant à tout le monde son visage cadavéreux et sa clef enflammée. Celui qui aurait le courage de prendre cette clef et de le suivre deviendrait à l'instant même possesseur d'immenses trésors, et délivrerait cette pauvre âme des tourments qu'elle endure. Jusqu'à présent, personne n'a encore osé se rendre à son appel...

Source: http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article1974
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Brigitte Leduc

mardi 29 mars 2016

Légende: De Franche-Comté: 3- La Dame Verte


Légende: De Franche-Comté: 3- La Dame Verte

Cette rubrique vous plonge au cœur des légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, qui émaillent l'Histoire de France. Un voyage pittoresque et passionnant au cœur de notre passé

Légende de Franche-Comté

La Franche-Comté a ses légendes féeriques venues d'Orient par les pèlerins, par les croisades ; celles qui sont venues du Nord par les guerres et les voyages ; et celles dont l'origine est si incertaine, dont la forme est si bien appropriée au caractère franc-comtois, que la région les revendique comme lui appartenant réellement.

3- La Dame Verte

(D'après « Souvenirs de voyages et traditions populaires », paru en 1841)

Quant à la Dame verte, c'est la sylphide, la déesse, la fée des prairies de Franche-Comté : elle est belle et gracieuse ; elle a la taille mince et légère, comme une tige de bouleau, les épaules blanches comme la neige des montagnes, et les yeux bleus comme la source des rochers. Les marguerites des champs lui sourient quand elle passe ; les rameaux d'arbres l'effleurent avec un frémissement de joie, car elle est la déesse bien-aimée des arbres et des fleurs, des collines et des vallées. Son regard ranime la nature comme un doux soleil, et son sourire est comme le sourire du printemps.

Le jour, elle s'assoit entre les frais taillis, tressant des couronnes de fleurs, ou peignant ses blonds cheveux avec un peigne d'or, ou rêvant sur son lit de mousse au beau jeune homme qu'elle a rencontré. La nuit, elle assemble ses compagnes ; et toutes s'en vont, folâtres et légères, danser aux rayons de la lune, et chanter. Le voyageur qui s'est trouvé égaré le soir au milieu des montagnes de France-Comté a souvent été surpris d'entendre tout à coup des voix aériennes, une musique harmonieuse, qui ne ressemblait à rien de ce qu'on entend habituellement dans le monde : c'étaient les chants de la Dame verte et de ses compagnes.

Quelquefois aussi les malines sylphides égarent à dessein le jeune paysan qu'elles aiment, afin de l'attirer dans leur cercle, et de danser avec lui. Que si alors il pouvait s'emparer du petit soulier de verre d'une de ces jolies Cendrillon, il serait assez riche ; car, pour pouvoir continuer de danser avec ses compagnes, il faudrait qu'elle rachetât son soulier, et elle l'achèterait à tout prix.

La Fée Arie Une autre fée franc-comtoise mérite que nous parlions d'elle, la fée Arie. Celle-ci n'a ni l'humeur aussi folâtre, ni la vie aussi joyeuse que la Dame verte ; mais c'est la bonne fée de nos chaumières ; elle aime l'ordre, le travail ; partout où elle reconnaît de telles vertus, elle répand ses bienfaits ; elle soutient dans ses devoirs la pauvre mère de famille et les jeunes gens laborieux. Presque jamais on ne la voit, mais elle assiste à tout ce qui se fait dans les champs ou sous le toit du chalet ; et si le blé que le paysan moissonne est mieux fauché, si la quenouille de la jeune fille se file plus vite et donne un fil plus beau, c'est que la fée Arie était là, et qu'elle a aidé le paysan et la jeune fille. C'est elle aussi qui récompense les enfants obéissants et studieux ; c'est elle qui fait tomber sur leur chemin les prunes des arbres voisins, et leur distribue, à Noël, les noix sèches et les gâteaux ; ce qui fait que tous les enfants connaissent la fée Arie, et parlent d'elle avec espoir.

Source: http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article1974
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Brigitte Leduc

dimanche 27 mars 2016

Légende: De Franche-Comté: 2- Esprit Servant

Légende: De Franche-Comté: 2- Esprit Servant

Cette rubrique vous plonge au cœur des légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, qui émaillent l'Histoire de France. Un voyage pittoresque et passionnant au cœur de notre passé

Légende de Franche-Comté

La Franche-Comté a ses légendes féeriques venues d'Orient par les pèlerins, par les croisades ; celles qui sont venues du Nord par les guerres et les voyages ; et celles dont l'origine est si incertaine, dont la forme est si bien appropriée au caractère franc-comtois, que la région les revendique comme lui appartenant réellement.

2- Esprit Servant

(D'après « Souvenirs de voyages et traditions populaires », paru en 1841)

Dans la grange de Mont-Nans, il y a, depuis trois ou quatre générations, un esprit servant comme les kobolds de l'Allemagne et les trolls du Danemark, qui fait la bénédiction de la maison. C'est lui qui prend soin de l'étable, conduit les bestiaux au pâturage, protège la grange, prépare la litière des chevaux, et remplit chaque matin l'abreuvoir d'une eau pure et limpide. On ne le voit pas, mais sans cesse on reconnaît ses bons offices ; on s'aperçoit qu'il a veillé sur les récoltes et sur les moissonneurs. Pour le conserver, il ne faut que lui abandonner une légère part des produits de la ferme, lui garder à la grange ou au foyer une place très propre, et ne pas médire de lui, car il entend tout ce qu'on dit, et se venge cruellement de ceux qui l'injurient.

Source: http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article1974
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Brigitte Leduc

samedi 26 mars 2016

Légende: De Franche-Comté: 1- Vouivre


Légende: De Franche-Comté: 1- Vouivre

Cette rubrique vous plonge au cœur des légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, qui émaillent l'Histoire de France. Un voyage pittoresque et passionnant au cœur de notre passé

Légende de Franche-Comté

La Franche-Comté a ses légendes féeriques venues d'Orient par les pèlerins, par les croisades ; celles qui sont venues du Nord par les guerres et les voyages ; et celles dont l'origine est si incertaine, dont la forme est si bien appropriée au caractère franc-comtois, que la région les revendique comme lui appartenant réellement.

1- La Vouivre

(D’après « Souvenirs de voyages et traditions populaires », paru en 1841)

Ainsi dans ses forêts, ses rivières, au fond de ses vertes vallées, au sein de ses lacs bleus, habitent les fées et les génies, les sylphes et les kobolds. Sur le plateau de Haute-Pierre, on a vu quelquefois passer une autre Mélusine, un être moitié femme et moitié serpent. C'est la Vouivre. Elle n'a point d'yeux, mais elle porte au front une escarboucle qui la guide comme un rayon lumineux le jour et la nuit. Lorsqu'elle va se baigner dans les rivières, elle est obligée de déposer cette escarboucle à terre, et, si l'on pouvait s'en emparer, on commanderait à tous les génies, on pourrait se faire apporter tous les trésors enfouis dans les flancs des montagnes. Mais il n'est pas prudent de tenter l'aventure, car au moindre bruit la Vouivre s'élance au dehors de la rivière, et malheur à celui qu'elle rencontre.

Un pauvre homme de Moustier, qui l'avait suivie un jour de très loin, et qui l'avait vue déposer son escarboucle au bord de la Loue, et plonger ses écailles de serpent dans la rivière, s'approcha avec précaution du bienheureux talisman ; mais, à l'instant où il étendait déjà la main pour le saisir, la Vouivre, qui l'avait entendu, s'élance sur lui, le jette par terre, lui déchire le sein avec ses ongles, lui serre la gorge pour l'étouffer ; et n'était que le malheureux eût reçu le matin même la communion à l'église de Lods, il serait infailliblement mort sous les coups de cette méchante Vouivre. Mais il rentra chez lui le visage et le corps tout meurtris, se promettant de ne plus courir après l'escarboucle.

Source: http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article1974
Médiévalement Vôtre
Brigitte Leduc